À bien des égards, l’éditeur est un médecin spécialiste en gynécologie, pour enfantement des Livres. À l’image du Gynécologue pour femme, il consulte les auteurs, évalue la qualité de leur texte, participe activement au processus de leur matérialisation. À cet effet, on peut remarquer deux catégories : les éditeurs qui accompagnent les auteurs dans des conditions d’accouchement paisibles et ceux qui malheureusement en arrivent à les conduire dans des difficultés de plusieurs ordres. De ces deux catégories, où peut-on placer les éditeurs tchadiens ? Cette question semble aiser à priori. Toutefois, elle est difficile et sujette à des polémiques. Tout d’abord, l’édition au Tchad est une véritable casse-tête chinois. En effet, le domaine est pollué des éditards, des usurpateurs entremêlés. Sur le plan structurel, il y a un vide : Nous assistons à la naissance des Éditions fictives qui n’ont ni siège, encore moins un personnel qualifié, sinon quelques amis triés à la volée, pour le besoin de la cause. Le plus souvent, un seul individu se prévalant d’une certaine ingéniosité, participe à la vie d’une maison d’édition. Ensuite, au plan institutionnel, le soutien du ministère de tutelle manque t-il cruellement. Dès lors, il n’existe pas un fonds de soutien aux Éditeurs comme dans d’autres pays. Ce qui constitue un obstacle majeur à l’accompagnement des auteurs. Enfin, on peut remarquer une autarcie généralisée des éditeurs, exacerbée par le déficit de collaboration notamment la coédition qui d’ailleurs est source de richesse du point de vue de l’esthétique littéraire, car plus, les éditeurs coéditent, plus l’œuvre coéditée regorge une certaine densité. Dans un pays où l’ignorance bat son plein, le monde des Éditions devrait être un laboratoire de l’excellence et de l’intelligentsia. Hélas ! À contrario, on se retrouve avec des institutions aux noms pompeux, creux, spécialistes en fabrication de la médiocrité littéraire : des ouvrages aux qualités à désirer, des impressions médiocres, capacité de communication limitée, coût exorbitant, légèreté béante et des lecteurs aux abois.
L’édition au Tchad rime avec l’annonce de publication avec la mention : [ VIENT DE PARAÎTRE]. Mais alors, que font concrètement les éditeurs ? À l’ère des NTICS, l’édition au Tchad semble être figée au moyen âge. Le monde actuel se voulant evanascent, il est difficile, pour ne pas dire impossible d’avoir accès aux œuvres publiées au Tchad à l’international et même dans les provinces du Tchad.
Nos Éditeurs sont incapables de développer des réseaux à l’international, incapables d’inciter les auteurs à organiser des cafés Littéraires, des débats, entre autres, pour la vulgarisation du Livre et l’incitation à la lecture en milieu jeunes. Toutefois, il ne faut pas oublier le remarquable travail de certains éditeurs dans un contexte socio-économique difficile. Ce sont entre autres, les Éditions Toumaî, les Éditions Salon des Belles Lettres et les Éditions Al-gamar qui viennent d’ouvrir les portes il n’y a pas longtemps. Pour le reste, il est nécessaire d’organiser les états généraux sur l’édition au Tchad.